Au temps de la Gaule chevelue, la Saône s’appelait Arar *. Sur une partie de ses rives étaient installés les Ambarres **, étymologiquement « ceux qui vivent des deux côtés de l’Arar », d’où le nom d’Ambérieu.
Jules César, dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, s’étonnait de l’incroyable lenteur de son cours (incredibili lenitate), « au point que l’œil ne peut juger du sens du courant ».
Quelques siècles plus tard, en 1886, Philip Gilbert Hamerton (1834-1894), sujet britannique résidant en France depuis le début des années 1860 (il avait épousé une Française), se souvient de la remarque du conquérant romain et ajoute : « Quelle qu’ait été sa nonchalance autrefois, elle s’est encore accrue par les cinq retenues qui se trouvent entre Verdun et Lyon, lesquelles transforment la rivière en une série d’étangs allongés, sauf quand les écluses sont ouvertes. Le flot coule alors naturellement, selon la quantité d’eau. (…) De l’embouchure du Doubs à Neuville au-dessus de Lyon, c’est certainement la rivière d’Europe, et peut-être même du monde, la plus propre à la navigation. On ne doit pas seulement cette qualité à l’extrême lenteur de son courant mais aussi au fait que la profondeur est toujours suffisante et que la surface des eaux se présente bien à l’action des vents différents. »
En 1886, donc, cet humaniste érudit, incarnation parfaite de l’« honnête homme » selon Montaigne, entreprend une expédition sur flumen Arar, le fleuve Saône, sur toute sa partie navigable, de Corre (Haute-Saône) à Lyon. Dans 57 lettres adressées à son éditeur, Hamerton relate « avec la plus grande franchise » sa rencontre avec la rivière et ses riverains, sa vie au fil de l’eau durant plusieurs mois en compagnie de cet autre peuple de la Saône que sont les professionnels de l’eau, bateliers, mariniers, pêcheurs, éclusiers, artisans de constructions navales, sans oublier les aubergistes des bords de la rivière et leurs recettes gourmandes, ni même les… gendarmes qui l’ont à plusieurs reprises soupçonné d’espionnage. Au bout de son périple fluvial, Hamerton conclut : « Nous avons passé des heures nombreuses et délicieuses sur une noble rivière ; et nous avons cette connaissance précise de son cours qui est la récompense d’un voyageur plus patient que rapide. Le résultat pour nous tous a été une admiration et une affection accrues pour la Saône, de toutes les rivières la plus amicale pour l’homme ; si consentante à se laisser domestiquer qu’un peu d’art a suffi pour la conquérir totalement. »
Un document singulier riche en anecdotes de tout genre, agrémenté de 148 illustrations, à savourer, qui sera (peut-être ?…) l’objet d’un commentaire ultérieur.
Une précision, qui a son importance : Hamerton a effectué la dernière partie de son voyage sur la Saône, de Chalon-sur-Saône à Lyon, sur son propre voilier, un catamaran dont il avait dessiné les plans et confié la fabrication à M. Brunet-Meige, « de Chalon, un constructeur accompli de bateaux à vapeur ainsi que de bateaux à voile en acier, du moins pour la coque ». Il avait baptisé son voilier… L’Arar.
R. A.
Philip Gilbert Hamerton : The Saône, a summer voyage (Un voyage d’été sur la rivière Saône).
Edition - Administration - Diffusion UTB Chalon-sur-Saône, Université pour tous de Bourgogne.
* Autres noms antiques de la Saône : Brigoulos, Brigulus
Souconna, Sauconna (eau sacrée ou eau de sang, ou du nom de la déesse tutélaire de la rivière). Ce seraient les légionnaires romains qui, au IVe siècle, auraient donné ce nom à l’Arar. Au XVIe siècle, la Saône prit son nom actuel.
** Ambarres : selon Jacques Lacroix (les Noms d’origine gauloise, la Gaule des combats) le terme signifierait « les très furieux » (contre les Helvètes, en 58 av. J.C., qui saccagèrent les terres des Ambarres lors de leur migration vers le pays des Santons, « situé sur les côtes de l’Océan, au nord de la Gironde »).
Sources : le Portail celtique, Jules César, Napoléon III (Histoire de Jules César), et les multiples internautes qui partagent leurs connaissances sur le Net.
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